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le 05 Septembre 2008

LA FRANCE DANS L’ENGRENAGE D’UNE GUERRE A OUTRANCE
C'est le prix de l'euro-atlantisme
Aujourd'hui 5 septembre, un haut responsable des services de sécurité pakistanais a indiqué à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, qu'au moins trois enfants et deux femmes viennent d’être tués, dans le nord-ouest du Pakistan, par trois missiles tirés par des avions sans pilote, que seules les troupes américaines basées en Afghanistan voisin possèdent.

Ces missiles se sont abattus sur deux maisons du village de Goorweck Baipali, dans le district du Waziristan du Nord, réputé être un bastion des talibans pakistanais.

Ces informations n'ont pas été, pour l’instant, confirmées par d'autres sources mais, depuis quelques jours, des missiles américains s'abattent quasi-quotidiennement sur les zones tribales pakistanaises frontalières avec l'Afghanistan, où Washington assure qu'Al-Qaïda et les talibans afghans auraient "reconstitué leurs forces".

La frappe meurtrière de ce matin survient notamment deux jours après le premier raid connu des forces américaines d'Afghanistan en territoire pakistanais, qui a tué, selon Islamabad, au moins 15 civils, dont des femmes et des enfants. Washington a refusé jusqu'alors de commenter cette information, mais ne l'a pas démentie.

Le silence complice des medias occidentaux

Presque chaque jour, en Afghanistan et maintenant au Pakistan, ce sont ainsi des femmes et des enfants qui périssent sous les bombardements des Américains et de leurs alliés de l’Union dite "européenne". Ces crimes de guerre qui révoltent la conscience sont systématiquement occultés ou minimisés par les medias occidentaux, car la Pensée unique européiste exige que nous admettions sans discuter que les Etats-Unis, l’OTAN et l’Union européenne sont les forces du Bien.

Le temps paraît ainsi bien loin où les medias occidentaux, américains en tête, informaient quotidiennement leurs citoyens des massacres provoqués par l’armée américaine au Vietnam puis l’extension de ces drames au Cambodge. A l’époque, la presse était incontestablement plus démocratique qu’elle ne l’est devenue et c'est sans doute l'un des constats les plus angoissants de notre époque que de mesurer à quel point des forces puissantes sont parvenues à museler tout média réellement indépendant aux Etats-Unis, et dans les Etats-membres de l’Union européenne dans leur sillage.
La polémique suscitée ces jours-ci en France par un reportage de Paris Match est révélatrice de cet état d’esprit intolérant : que ce reportage auprès des combattants afghans ait déplu à ceux qui ne veulent pas avoir le moindre son de cloche divergent, c'est une chose ; mais que de nombreuses voix, surtout dans la sphère politique, se soient élevées pour s’indigner qu’un tel reportage ait pu avoir lieu et être publié est tout autre chose : il s’agit alors d’une attaque sans vergogne contre la liberté de la presse et la liberté d’informer. Une attaque qui renvoie aux périodes les plus sombres de notre histoire.

La France a désormais 20.000 soldats à l’étranger …

Ce silence médiatique vise à empêcher que l’opinion publique ne commence à s’inquiéter des conséquences de la politique militaire conduite tous azimuts par Nicolas Sarkozy, tant en ce qui concerne la Paix du monde que la vie de nos soldats et la sécurité collective des Français.

Mais, pendant que l’opinion publique est maintenue dans l’ignorance, c'est une inquiétude croissante qui se fait jour dans les cercles politiques et militaires.

Ainsi, hier 4 septembre, le président UMP de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, Guy Teissier, n'y est pas allé par quatre chemins pour tirer la sonnette d’alarme au cours de sa conférence de presse. Après avoir rappelé que "la France est engagée dans un nombre d'opérations extérieures très important et nous ne pourrons pas être sur ces terrains d'une manière pérenne", le parlementaire UMP a révélé son angoisse : "Quand on voit le Tchad, le Liban, la Côte d'Ivoire, le Kosovo, est-ce qu'on pourra tenir partout ?"

De fait, et à l’insu des Français, la France compte désormais la bagatelle de 20.000 soldats en opération sur différents points chauds du globe et le député semble penser que le point limite est atteint, en particulier pour l'armée de terre, qu'il juge "terriblement sollicitée".

Les USA et l’Union européenne entraînent la France dans un engrenage de plus en plus meurtrier

Concernant l'Afghanistan, Guy Tessier – en bon UMP tenu de s’aligner sur la position de l’Elysée - a affirmé sa conviction que Kaboul redeviendrait l'épicentre du djihadisme mondial si l'Occident abandonnait le pays. Il a cependant été obligé de reconnaître devant les journalistes que les Occidentaux étaient passés d'une logique de maintien de la paix à une logique de guerre.

Tirant la conclusion de cet engrenage, le président UMP de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale a insisté sur l'urgence qu'il y a à renforcer les moyens des troupes sur place, tant dans le domaine de l'aéromobilité que du renseignement. Il estime que les quelque 3.000 soldats français présents sur le terrain doivent pouvoir disposer de leurs propres hélicoptères d'assaut et d'un nombre accru d'hélicoptères de transport de troupes. "Il faut d'une manière indispensable que nos hélicoptères de combat Tigre puissent, dans les délais les plus brefs, être engagés sur le terrain" , a-t-il dit. De même, le parlementaire estime que les forces françaises ont "un besoin indispensable de drones d'observation et de renseignements d'origine humaine. Il faut probablement un retour des forces spéciales sur le terrain".

En bref, on ne saurait mieux dire que l’inquiétude a gagné les plus hautes sphères politiques et militaires du pays sur le destin de cette armada militaire française envoyée aux quatre coins du globe. Et cette inquiétude ressentie face aux difficultés du terrain amène, comme hélas si souvent dans l’histoire, non pas à reconsidérer l’ensemble des opérations, leur bien-fondé et leurs conséquences, mais à foncer tête baissée dans le renforcement des moyens militaires.

Plusieurs experts français tirent la sonnette d’alarme : cet engrenage meurtrier n’aura pour effet que de répandre partout la haine anti-occidentale

Cet engrenage militaire dans lequel la politique sarkozyste est en train d’enfermer notre pays pour complaire aux Etats-Unis d'Amérique risque de connaître des développements très préoccupants et peut à terme nous conduire dans un enlisement militaire désastreux. En effet, comme les Français puis les Américains le vécurent au Vietnam et au Cambodge dans les années 1945-1975, la présence occidentale en Afghanistan et au Pakistan, loin d’apporter une paix conforme à nos intérêts, est tout au contraire, et fort logiquement d’ailleurs, en train d’exacerber dans toute la région la haine contre les Occidentaux.
Dans une récente tribune publiée par le journal Le Monde, Gérard Fussman, professeur au Collège de France, a ainsi souligné que "les troupes de l'OTAN ne contrôlent pas plus l'Afghanistan que ne le faisaient les Soviétiques. La raison en est simple : elles se conduisent et sont perçues comme une armée d'occupation [...] Comment veut-on que les Afghans ne se sentent pas plus proches des combattants qui vivent comme eux et meurent pour une foi qui est la leur, que d'étrangers dont ils ne voient que les armes, les gilets pare-balles, les blindés et les bombardements ?"

Abondant dans cette analyse, Mariam Abou Zahab, chercheur au CERI-Sciences Po, et Bernard Dupaigne, professeur au musée de l'Homme, interrogés par l’AFP, ont vivement mis en garde contre un accroissement du nombre de soldats étrangers dans les vallées afghanes.

Cet accroissement n'aboutira, selon eux, qu'à radicaliser des populations jalouses de leur indépendance, que personne n'a jamais soumises par la force. Pour Mme Abou Zahab, "plus on envoie de troupes, plus il y aura de dommage collatéraux. Davantage de civils tués, et c'est la spirale. Il semble que les leçons du passé n'ont pas été apprises" " . Pour Bernard Dupaigne, "dire que l'avenir du monde et la guerre contre le terrorisme passent par l'Afghanistan, c'est faux. L'Afghanistan n'est pas une machine à faire des terroristes. Plus on les bombarde, et plus il y aura des gens qui vont nous tirer dessus".

CONCLUSION : ILS N’ONT RIEN OUBLIE NI RIEN APPRIS


On connaît le mot fameux de Talleyrand au sujet des nobles, émigrés sous la Révolution puis revenus en France sous la Restauration : "ils n'ont rien oublié ni rien appris". Ce mot cruel s’applique parfaitement à la politique suivie au Moyen Orient par les Etats-Unis – et hélas par la France depuis l’arrivée à l’Elysée de Nicolas Sarkozy.

Il faut ne rien comprendre du tout au monde musulman et aux populations afghanes, indomptables depuis des siècles, pour imaginer que ces populations accepteront de se soumettre à ce qu’elles perçoivent – non sans raison ! – comme des troupes d’occupation étrangères, venues de pays essentiellement chrétiens de surcroît.
Il faut n’avoir rien appris de toute l’histoire des siècles précédents et des drames de la décolonisation pour imaginer que la présence militaire occidentale en Afghanistan ou au Pakistan s’achèvera par une pacification conforme aux vues de Washington.

Nul ne s’est jamais fait aimer en bombardant aveuglément, jour après jour, des populations civiles, et en tuant femmes et enfants. Loin d’éradiquer le terrorisme et le radicalisme islamique, la poursuite de ces aventures militaires ne fera au contraire que les attiser à travers le monde.
 
Sauf à courir le risque de voir des soldats français sacrifiés en nombre croissant – et peut-être un jour de subir des attentats meurtriers sur le sol français – l’intelligence de la situation et la conformité au droit et à la justice commandent que la France quitte au plus vite les théâtres d’opération où elle n'a rien à faire et où ses intérêts nationaux ne sont pas en jeu. Les forces armées françaises doivent quitter l’Afghanistan et la coalition euro-atlantiste. Elle doit en revenir à son rôle traditionnel de puissance d’équilibre et de sagesse, celle qui sait aussi dire Non aux Américains.
Reproduction autorisée sur Internet en citant la source : Union Populaire Républicaine
et le lien cliquable : http://u-p-r.org/ab/index.php?page=article&id=63

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